Leasing social XXL, voiture électrique bon marché, politique anti-SUV… Les projets chocs de Mélenchon pour le secteur automobile

Leasing social XXL, voiture électrique bon marché, politique anti-SUV… Les projets chocs de Mélenchon pour le secteur automobile

Manuel Bompard, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, a présenté le programme automobile de La France insoumise au Mondial de l’automobile de Paris, qui s’est tenu du 13 au 18 octobre 2026 à la Porte de Versailles. L’enveloppe annoncée atteint 4,5 milliards d’euros, destinés à populariser le leasing social et à produire des véhicules électriques à partir de 10 000 euros. Il s’agit d’un programme de campagne pour 2027, pas d’une loi votée : rien n’est applicable aujourd’hui.

Le leasing social étendu : la mesure la plus concrète pour un budget modeste

Le principe : faire passer le leasing social de 50 000 véhicules aujourd’hui à plusieurs centaines de milliers par an. Pour y parvenir, LFI imagine un parc public de 300 000 voitures en location longue durée, financé par des investissements bancaires publics, via un pôle bancaire public.

Les sources rapportent que l’État achèterait ces 300 000 véhicules à 15 000 euros l’unité. Attention à ne pas confondre ce prix d’achat public avec l’objectif de 10 000 euros évoqué plus bas : ce sont deux chiffres distincts, sur deux objets différents. Un simple produit donne l’ordre de grandeur de l’effort d’achat pour ce parc : 300 000 × 15 000 € = 4,5 milliards d’euros. Ce montant coïncide avec l’enveloppe globale annoncée, mais les sources ne disent pas que les deux sont liées, et la mécanique de financement n’est pas détaillée.

La proposition de loi du 20 octobre 2026 : le seul texte chiffré

À distinguer du programme : le 20 octobre 2026, des députés ont déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi, et non Mélenchon lui-même. Elle prévoit un parc public d’un million de voitures électriques d’ici 2035, proposées aux ménages modestes pour un loyer moyen de 150 euros par mois. Le texte est déposé, pas voté. C’est la traduction législative la plus précise du leasing version LFI, mais elle reste une proposition.

Pour le conducteur concerné, la variable décisive est le profil du ménage : le parc public vise les foyers modestes. Les critères d’éligibilité exacts ne figurent pas dans les éléments disponibles.

L’électrique à partir de 10 000 euros : un prix sans véhicule défini

L’objectif affiché est une voiture électrique à partir de 10 000 euros. Le programme ne précise ni les modèles, ni la catégorie : quadricycle léger ou automobile classique à quatre places ? La différence est énorme. Un quadricycle répond à un besoin urbain limité ; une vraie citadine à quatre places suppose une batterie, une structure et des équipements de sécurité d’une autre ampleur, donc un autre coût de fabrication. Sans cette définition, le chiffre de 10 000 euros dit peu de chose sur la faisabilité industrielle. Le programme prévoit par ailleurs 1,4 milliard d’euros pour des gigafactories de batteries françaises.

Sur le marché actuel, la pression des constructeurs chinois est déjà visible : les immatriculations de Leapmotor en France en donnent un aperçu. Des économistes doutent que le plan tienne face à cette concurrence et aux contraintes de production françaises.

La ligne anti-SUV : des aides exclues, une interdiction évoquée

LFI veut exclure les SUV des aides publiques, voire interdire certains modèles à la vente. Le programme avance un argument matières premières : un SUV nécessiterait cinq fois plus de lithium, nickel et cobalt qu’une petite citadine électrique. Ce chiffre vient du programme lui-même et doit être lu comme tel.

Le point faible est la définition. Il n’existe pas de critère technique partagé : hauteur, garde au sol, gabarit, aucun ne fait consensus. Sans définition légale, impossible de savoir quels modèles seraient visés. L’enjeu est considérable : les SUV pèsent 45 % des ventes en France (l’année de référence du chiffre n’est pas précisée), et Renault, Peugeot et Citroën ont massivement investi dans ce segment.

Pour qui vise un SUV électrique, les sources ne disent pas si l’exclusion des aides ou l’interdiction s’appliquerait aussi aux versions à batterie. Ce point reste ouvert.

Le 100 % électrique en 2035 maintenu

LFI conserve l’objectif de 100 % de véhicules électriques en 2035, alors que Paris et Berlin cherchent à obtenir de Bruxelles un assouplissement à 75 %. Concrètement, la position de LFI signifie pas de marge pour le thermique neuf au-delà de cette échéance, là où la demande franco-allemande en laisserait une.

Ce qui change pour vous, et ce qui reste à attendre

  • Ménage modeste : le leasing étendu est la mesure qui vous cible, avec un loyer moyen de 150 euros par mois dans la proposition de loi. Rien n’est ouvert à ce jour.
  • Acheteur d’une électrique à bas coût : le prix de 10 000 euros n’a pas de véhicule en face. Inutile de reporter un achat sur cette base.
  • Amateur de SUV : le risque porte surtout sur les aides et sur une éventuelle interdiction, sans critère défini à ce stade.

Pour un projet d’achat, la prudence s’impose : programme de campagne et proposition de loi non votée, sans calendrier de mise en œuvre immédiate, ne justifient pas de modifier un calendrier d’achat. Les précisions à surveiller : la définition légale du SUV, la catégorie du véhicule à 10 000 euros et le détail du financement du pôle public.

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Jules Montclair décrypte l’automobile pour aider les conducteurs à comprendre les modèles, les technologies et leurs usages au quotidien. Formé à la géographie puis au journalisme, il suit particulièrement l’électrification, les aides à la conduite et les questions liées au choix d’une voiture. Il garde un faible pour les petites citadines ingénieuses et les modèles des années 1990 et 2000.