Les entreprises françaises connaissent l’échéance européenne de 2035, mais leurs flottes ne suivent pas. Selon la 2e édition du baromètre Leasys / OpinionWay, publiée le 2 octobre 2026, 70 % des sociétés interrogées ont intégré cet objectif. Les véhicules électriques ne pèsent pourtant que 7 % de leurs parcs, contre 81 % de thermiques et 12 % d’hybrides. Le premier frein cité tient à l’usage : 71 % des répondants jugent l’autonomie insuffisante, loin devant la recharge (38 %) et l’investissement initial (37 %).
Où en sont vraiment les flottes
L’enquête repose sur 300 entretiens menés du 20 avril au 27 mai 2026, auprès d’entreprises disposant d’au moins 20 véhicules. Les plus grosses structures font à peine mieux : la part d’électriques n’y atteint que 12 % dans les entreprises de 250 salariés et plus. Même là où les moyens financiers et l’ingénierie de flotte existent, le parc reste très majoritairement thermique.
Un point de méthode s’impose avant de prendre ce 7 % pour une vérité définitive. Un sondage de 300 entreprises fournit une photographie déclarative, pas un inventaire. Une autre étude européenne, citée dans la recherche (Arval Mobility Observatory, texte et date incomplets), situe la part des électriques dans les flottes françaises à 15 %. L’écart entre 7 % et 15 % s’explique probablement par le périmètre et l’échantillon, sans qu’on puisse le trancher ici. Le sens du constat, lui, ne change pas : l’électrique reste minoritaire.
L’autonomie, pas le budget ni les bornes
Le classement des freins surprend ceux qui attendent un débat sur le prix ou les bornes. Avec 71 %, l’autonomie écrase tout le reste. Il s’agit d’une perception déclarée par les dirigeants, non mesurée sur des usages réels : le baromètre ne dit pas combien de kilomètres rouleraient effectivement les véhicules concernés. Pour un gestionnaire de flotte, la vérification est à sa portée : relever le kilométrage quotidien réel de chaque véhicule (télématique, relevés de carte carburant), repérer les trajets longs ponctuels et comparer le tout à l’autonomie utile en conditions réelles du modèle envisagé, qui varie avec la charge, la vitesse, la température et le profil de route.
Le coût d’entrée (37 %) et la recharge (38 %) arrivent loin derrière. Le contexte ne facilite pas les choses : en 2026, peu d’aides directes généralisées existent à l’achat pour les entreprises, et la prime Advenir ne finance plus les bornes sur parking privé. Ces freins sont réels, mais les dirigeants les citent nettement moins que la question de l’adéquation du véhicule à leur activité.
Un calendrier jugé inadapté, une transition étalée
Le retard est en partie assumé. 28 % des répondants estiment que le calendrier de verdissement est inadapté aux réalités de leur activité. Le baromètre mentionne aussi 28 % qui projettent leur transition entre 2030 et 2035, et 28 % qui la repoussent après 2035. La recherche ne précise pas si ces groupes se recoupent : il serait donc imprudent de les additionner. Ils indiquent surtout qu’une part notable des entreprises planifie sa bascule bien après les premières échéances fiscales.
La pression fiscale monte
Le cadre a changé avec la loi de finances pour 2025, qui a remplacé les quotas de renouvellement par une taxe incitative au verdissement des flottes. Elle vise les entreprises gérant plus de 100 véhicules.
- objectif de part de véhicules à faibles émissions : 18 % en 2026, puis 48 % en 2030 ;
- pénalité : 4 000 € par véhicule manquant par rapport à l’objectif.
Les modalités détaillées de calcul ne figurent pas dans les éléments vérifiés ici. Pour mesurer son exposition, un gestionnaire dont la flotte dépasse 100 véhicules peut appliquer la règle sur un exemple annoncé comme tel : pour une flotte hypothétique de 120 véhicules et un objectif de 18 %, il en faudrait 21,6 à faibles émissions, soit 22 en arrondissant. Avec 15 véhicules conformes, il en manquerait 7, soit 7 × 4 000 € = 28 000 €. Le mode d’arrondi, le périmètre des véhicules comptés et la définition de « faibles émissions » sont à vérifier dans le texte de loi ou auprès de votre loueur ou conseil fiscal avant tout chiffrage réel. Sous 100 véhicules, la taxe ne s’applique pas.
Le malus CO₂ a lui aussi été renforcé en janvier 2026.
Des signes de mouvement
Le tableau n’est pas figé. Le renforcement du malus amène 36 % des répondants à accélérer l’électrification, et 53 % dans les grandes flottes. Il s’agit d’intentions déclarées, pas de commandes constatées. Côté marché, trois modèles électriques figurent au T1 2026 dans le Top 10 des voitures particulières les plus immatriculées en flotte, contre un seul un an plus tôt (l’organisme source de ce classement n’est pas précisé dans les éléments dont nous disposons).
Pour situer sa propre flotte, le repère est simple : 7 % d’électriques en moyenne dans l’échantillon du baromètre, 12 % pour les 250 salariés et plus, 15 % selon l’autre étude. Le retard n’est pas uniforme, et les entreprises soumises à la taxe sont celles qui déclarent le plus souvent accélérer.