Tapez « dinatel auto » dans un moteur de recherche, et vous tombez sur au moins trois réalités distinctes qui n’ont rien à voir entre elles.
Un concessionnaire Kawasaki disparu en 2011, un service de téléphonie embarquée des années 1990, et un blog auto-moto actif aujourd’hui. Trois vies pour un même nom – voilà qui mérite qu’on démêle tout ça précisément.
Dinatel Auto Moto : quarante ans de moto à Houilles
La société Dinatel SA s’est implantée au 43 boulevard Émile Zola, à Houilles (78800), et y a développé pendant près de quatre décennies l’une des concessions moto les plus reconnues d’Île-de-France.
Concessionnaire Kawasaki depuis 1976, l’enseigne a ajouté Yamaha à son portefeuille en 2002, couvrant ainsi deux des marques japonaises les plus suivies par les motards français.
Au départ, Dinatel travaillait exclusivement sur les motos de route. La bascule vers le motocross intervient progressivement dans les années 1990, avec un engagement commercial et humain réel dans cette discipline – pas un simple rayon « cross » ajouté pour faire volume.
Les chiffres donnent la mesure de ce positionnement. En 2007, 1 300 motos toutes catégories sont sorties du showroom de Houilles. Sur le segment cross seul, le concessionnaire atteignait jusqu’à 180 motos neuves vendues par an, auxquelles s’ajoutaient environ 100 occasions.
À la fin des années 1980 et au début des années 1990, Dinatel était selon les sources spécialisées le plus gros vendeur de Kawasaki de France – un leadership construit sur la durée, pas sur un effet de mode.
L’offre « packs racing », lancée en 2002, illustre cet ADN orienté performance. Plutôt que de vendre une moto de cross telle quelle sortie de caisse, Dinatel proposait des préparations intégrées – suspensions retravaillées, mapping moteur ajusté, accessoires montés – à un tarif négocié en amont.
Ce concept, courant aujourd’hui chez les préparateurs spécialisés, était avant-gardiste pour une concession standard au début des années 2000.
Pourquoi Dinatel Auto Moto a-t-elle fermé ses portes?

La liquidation judiciaire a été prononcée le 5 juillet 2011, clôturant 35 ans d’activité et mettant 11 salariés au chômage. Pour les habitués de la concession, la nouvelle avait quelque chose d’abrupt – mais les causes, elles, s’étaient accumulées sur plusieurs années.
Le contexte économique de 2008-2011 a frappé durement le secteur des deux-roues. Les ventes de motos neuves en France ont chuté de façon significative après la crise financière, et les concessionnaires indépendants de taille moyenne ont absorbé le choc sans les reins financiers des grands groupes.
Les marges sur les motos neuves s’étaient déjà érodées au fil des années, comprimées entre les exigences des importateurs et la pression sur les prix.
Internet a accéléré cette fragilisation. La vente de pièces détachées en ligne – l’un des piliers de rentabilité d’une concession traditionnelle – a été capturée par des acteurs purement e-commerce capables de casser les prix sur les références courantes.
Un client qui achetait autrefois son kit chaîne ou ses plaquettes de frein au comptoir les commandait désormais avec une remise de 30 % depuis son canapé.
Les grands groupes de distribution moto ont également renforcé leur emprise sur les zones de chalandise urbaines, avec des surfaces plus grandes, des budgets marketing supérieurs et des conditions d’achat négociées à l’échelle nationale.
Pour Dinatel, les charges fixes d’une boutique en Île-de-France ne laissaient plus assez de marge de manœuvre.
C’est un scénario que vous retrouvez dans d’autres segments – certains réseaux de vente de deux-roues d’occasion ont survécu en pivotant radicalement vers des modèles mixtes online/offline, ce que Dinatel n’a pas eu le temps de faire.
Le Dinatel Auto de France Télécom : la téléphonie embarquée des années 1990
Si vous avez une certaine mémoire des années 1990, le terme « Dinatel auto » évoque peut-être autre chose qu’une concession moto.
France Télécom commercialisait sous ce nom un service de téléphonie embarquée : un combiné fixé au tableau de bord, relié au réseau Radiocom 2000, qui permettait de passer des appels depuis votre voiture.
Le réseau Radiocom 2000 avait été mis en service en 1986. C’était un réseau analogique de première génération – ce qu’on appellerait aujourd’hui la « 1G » – qui précédait de plusieurs années l’arrivée du GSM en France, lancé en 1992.
À son apogée en 1991, Radiocom 2000 comptait plus de 400 000 abonnés, un chiffre considérable pour une technologie aussi contraignante.
Et contraignante, elle l’était. Les terminaux coûtaient environ 15 000 francs à l’achat – soit à peu près 2 300 euros actuels, avant même d’aborder l’abonnement mensuel.
En 1988, plus de 90 % des appareils Radiocom 2000 étaient installés à bord de véhicules, ce qui explique le nom « Dinatel auto » : c’était l’offre spécifique pour l’installation en voiture, distincte des rares terminaux portables existants.
L’usage restait l’apanage des professionnels – commerciaux itinérants, médecins, artisans travaillant loin de leur bureau. Le grand public n’avait ni les moyens ni le besoin d’un tel équipement.
L’arrivée du GSM a rendu ce marché obsolète en quelques années : couverture nationale, terminaux bien moins chers, liberté de mouvement. Radiocom 2000 a été progressivement démantelé au cours des années 2000.
Qu’est-ce que le site dinatel.fr aujourd’hui?

Le domaine dinatel.fr est aujourd’hui occupé par un blog auto-moto sans lien avec l’ancienne concession de Houilles. L’ancien concessionnaire et ce site éditorial n’ont aucune relation juridique ou commerciale.
La ligne éditoriale couvre trois grands axes :
- Les guides moto : entretien, équipement, choix d’un modèle, réglementation
- Les guides voiture : tuning, mécanique accessible, comparatifs pratiques
- L’actualité du secteur automobile et deux-roues
Les derniers articles publiés dataient de juin-juillet 2026, ce qui indique une publication régulière. La cible est clairement les passionnés qui cherchent des réponses concrètes, loin du jargon des plaquettes constructeur.
Si vous cherchez à acheter une moto ou une voiture via un mandataire, ce type de blog peut compléter utilement votre recherche avec des retours terrain.
Dinatel Auto moto reste une référence dans la mémoire du motocross français
Douze ans après la fermeture, des discussions sur Dinatel refont surface dans les forums spécialisés. Ce n’est pas de la nostalgie gratuite – c’est la marque d’une concession qui avait réellement su construire une expertise au lieu de simplement tenir un comptoir.
Les préparations de cross depuis 1994 représentaient un savoir-faire rare à l’époque pour un concessionnaire.
La plupart des concessions vendaient des motos de cross comme on vend des vélos : vous payez, vous partez, vous vous débrouillez.
Dinatel allait plus loin, avec des réglages suspensions adaptés au gabarit et au niveau du pilote, des kits de suralimentation moteur pour les compétiteurs, un vrai suivi.
Les packs racing lancés en 2002 ont eu un impact concret sur les licenciés régionaux. Des pilotes amateurs qui n’avaient pas les moyens d’un préparateur indépendant pouvaient repartir avec une moto déjà calibrée pour la compétition, à un prix maîtrisé.
C’est ce type d’offre qui fidélise une clientèle sur dix ans et qui explique pourquoi le nom « Dinatel » circule encore dans les conversations de vétérans du motocross.
Certains amateurs de deux-roues qui vendent ou achètent des motos d’occasion se souviennent encore d’y avoir trouvé leur première machine préparée.
Quand une concession indépendante de 35 ans s’éteint en liquidation judiciaire, elle emporte avec elle des compétences difficiles à transmettre et une relation client qui ne se rachète pas. Dinatel en est l’exemple exact.